Taxi… taxi…

Taxi… taxi…

Posted on 14/06/2011

Taxi… taxi…

Ce mot devrait devenir le slogan de Beyrouth. C’est juste une perception, peut-être, mais j’ai l’impression que le nombre des taxis dans cette belle capitale dépasse le nombre de passagers. Les chauffeurs agissent comme des chasseurs agressifs que l’on vient de relâcher pour la saison de la chasse aux touristes et aux clients. Ils sont partout: devant votre hôtel 5 étoiles, 4 étoiles et même 3 étoiles. Ils sont au coin de la rue Hamra, sur la corniche, sur les rond-points, et même dans les dédales des petites rues attenantes.

A la sortie de l’hôtel Crowne Plaza, ils t’assaillent de leurs cris stridents et compétitifs. Pas moins de cinq taxis dans une compétition au plus haut cri, tout en levant son bras pour attraper le premier touriste qui se pointe le nez devant la porte de l’hôtel.  Chacun d’entre eux se bat pour attirer votre attention, sans être nécessairement convaincant de sa volonté de te servir. Après tout, je ne suis pas sûr qu’il soit là à t’attendre pour te servir. Il est là à l’affût de la première victime qui ne sait pas dans quelle direction est la mer ou les rues piétonnes de Solidere, probablement seuls lieux touristiques de cette ville.

Ils attendent… attendent…. attendent. Combien d’heures attend le chauffeur de taxi devant l’hôtel Rotana Gefinor? J’ai l’impression qu’il est là à attendre toute la journée. A-t-il eu des clients aujourd’hui? A-t-il bougé sa voiture? Est-ce pour cela que son prix est trois fois plus élevé que le prix de la course que j’ai faite avec un taxi au bout de la rue à côté?

En matière d’attente, il y a aussi le chauffeur qui fait le trottoir de Hamra. Il est là à jaser avec ses collègues et à te lancer un « Taxi… » sans même te regarder parfois. Celui-là,  c’est l’espèce de chasseur qui tire sur tout ce qui bouge, même son ombre. Il n’est pas novice, mais il a l’air de s’amuser ou de souffrir d’une maladie nerveuse ou un tic qui le fait répéter inconsciemment « Taxi, Taxi? ».

J’en ai vu un, un matin, qui s’était apporté une de ces petites chaises de bois et paille que l’on trouvait dans les cafés de quartier et parfois dans les cafés-corniche (comme café trottoirs, mais provisoirement installés sur la corniche). Stationné à côté de son taxi, qui lui-même est stationné au coin d’une rue attenante à Hamra, celui-là avait quelque chose de plus vieux et de plus courtois. Il se levait en voyant une chasse potentielle approcher, la visait dans les yeux et lui tirait « Taxi… Taxi? ».  Il ne tardait pas de s’assoir quand le gibier continuait son chemin, ou lui répondait avec un regard négligeant ou un Timide non merci (la, choukrane).

Le taxi de ce matin a failli me renverser. Dans une petite rue parallèle à Hamra, je l’ai vu de loin. Un gros Mercedes vert (oui, il y en a encore), qui s’est mis à accélérer comme s’il fuyait quelque chose ou quelqu’un. J’ai eu peur et j’ai reculé, renonçant à traverser cette petite rue de 3 mètres de large. Il a freiné juste devant mon nez et m’a demandé ma destination, et pourtant je n’avais manifesté le moindre besoin de taxi ni de transport. Tout ce que je voulais c’était traverser la petite rue de 3 mètres.

En matière de variété,  les taxis de Beyrouth sont de toutes les couleurs. J’en ai compté une vingtaine (de couleurs). Faut-il dire qu’il y en a de toutes les confessions? Mais c’est fou! Si les taxis de l’aéroport sont blancs, pourquoi il y a des blancs dans les rues de Beyrouth? Si on a harmonisé les taxis pour l’aéroport, pourquoi pas pour Beyrouth? Le Caire a ses taxis noirs et blancs, Damas à ses taxis jaunes, Amman a ses taxis jaunes (intérieur de la ville) et ses taxis blancs pour la longue distance. Casablanca a ses  طاكسي Taxis rouges, etc.  Et Beyrouth, elle? Ma foi, on a l’impression que toutes les couleurs et toutes les marques sont valables dans cette ville pleine de couleur. Et tous les âges aussi bien que les règles! Règles? À propos, comment calcule-t-on le prix d’une course? 2000 livres par personne pour le service. Mais c’est quoi un trajet et quoi un service, si dès que tu déclares ta destination, le chauffeur te crie…. Taxi?

– Oui, taxi. Sinon, t’es quoi toi? Un bus?

Erreur mon ami, car alors que tu pensais payer 2000 livres, tu vas payer au moins 10000. Le  « Taxi? » de ce chauffeur ne voulait pas dire :

– Est-ce que tu veux un taxi?

Mais voulait dire :

«Est-ce que tu acceptes de payer la voiture entière comme si tu la nolisais pour toi. Donc, 5 passagers multiplié par 2000 donne 10000.

Le calcul est bon si et seulement si la destination qu’on a demandée correspond au trajet que le chauffeur avait tracé pour son service de “service”. Un trajet de “service” est quelque chose comme une ligne imaginaire tracée par les taxis d’un quartier ou d’une région de la ville et dans laquelle ils évoluent aller-retour sans la dépasser indûment sauf à la demande d’un passager qui est prêt à payer le …”taxi”, ou 5 fois son 2000 livres.

Le trajet de service est aussi un réseau de trajets qui se chevauchent et se complètent selon le point de localisation (géolocalisation) de la voiture au moment où le passager hèle le taxi…

PS: Désolé Beyrouth! Je préfère les stations de taxi de Tripoli…