1001 Nuances de gris en Egypte!

1001 Nuances de gris en Egypte!

Posted on 16/08/2013

Peut-on vraiment décrire en noir et blanc la situation en Égypte ou dans n’importe quel autre pays en état de crise? Je me pose cette question chaque fois que je lis ou que j’écoute les nouvelles de l’Égypte.

La situation de conflit polarise les tensions et les intérêts. On est pour ou contre telle ou telle attitude politique, on aime et on hait. On prend partie pour telle ou telle autre formation politique. Mais dans le feu de l’action, les intervenants appartiennent à tout le spectre des formations politiques. Les profiteurs et les comploteurs en profitent aussi. Ceux et celles qui veulent faire avancer leur agenda, servir leurs propres intérêts, ou les intérêts de leurs maîtres aussi en profitent et versent de l’huile sur le feu pour l’attiser ou tout simplement pour empirer la situation et contribuer à ruiner le pays.
A lire les analystes, entendre les journaliste, on dirait que seules deux formations politiques mènent une lutte armée à coups de répression de manifestations, de tirs lacrymogènes, de tirs à balles réelles. Et des centaines de victimes/martyrs (C’est selon!) tombent d’un côté ou de l’autre.
Mais cette vision binaire du monde reparti en bon/ mauvais, islamiste/laïc, démocrate/dictateur, jeune/vieux, riche/pauvre, pro-Morsi/anti-Morsi, musulmans/chrétiens, etc., est trop facile pour être vraie. La réalité, trop compliquée pour être présentée en quelques minutes au télé-journal, est tout autre. Tous les musulmans ne sont pas islamistes. Tous les islamistes n’appartiennent pas à la confrérie des frères musulmans. Tous les frères musulmans ne sont pas violents ni armés. Et tous ne sont pas Égyptiens, pas plus que tous les démocrates ne sont chrétiens ou pro-occident. Qui alors parle aux noms des Égyptiens  musulmans qui ont voté pour une voie religieuse, conservatrice, pro-pauvres et démocrates de surcroît, ou ceux chrétiens qui ont voté pour le parti de Morsi?
Tous les anti-frères musulmans ne sont pas des pro-Mubarak ni des felouls de l’ancien régime. Il y a des électeurs  déçus par les agissements du gouvernement Morsi pendant l’année de règne depuis les élections de 2012. Il y a les militaires qui ont perdu du pouvoir. Il y a les militaires qui n’avaient pas le pouvoir quand c’était le parti qui dirigeait le pays, contrairement à ce que l’on pensait et disait. Il y a aussi les aspirants démocrates qui en déclenchant la révolution en janvier 2011 n’ont pas su gagner les élections de 2012 faute d’organisation et de leaders à la hauteur. Il y a ceux et celles qui de plus en plus pensent que leurs votes ont été volés et qui accusent maintenant les États-Unis d’avoir amené les frères musulmans au pouvoir.

Tous les manifestants ne sont pas membres de la confrérie, ni nécessairement pro-Morsi. Il a les honnêtes gens qui y croient. Il y a aussi les voyous qui l’exploitent, les casseurs, les suiveurs, les chômeurs, les professeurs, les joueurs, et beaucoup de voyeurs, des touristes de la guerre et meneurs d’OSBL payés par des développeurs et des rêveurs de démocratisation au Moyen-Orient. Une nouvelle génération de colonisateurs déguisés en moralisateurs désintéressés.
Il y a tous ceux et celles qui appellent les Occidentaux (entendre les Américains et l’OTAN) au secours et ceux et celles qui les somment de ne pas s’en mêler, alors que ce sont ces mêmes derniers qui souhaitent ou souhaitaient  une intervention occidentale salvatrice des Syriens comme des Libyens  avant.

1001 nuances de gris, comme dans 1001 nuits, mais aussi comme dans le rouge du sang qui coule sur le sable du désert ou Will arrose le vert des oasis, qui se mêle au bleu du Nil, et au blanc des robes de prières des Égyptiens tayyibines que j’ai côtoyés pendant quelques années.

1001 nuances de gris, comme tous les lecteurs et observateurs devraient apprendre à nuancer les images et les vidéos qu’ils voient sur Internet ou même à la télé. Toutes les confusions induites par les uns et les autres, que ce soit les journalistes, les analystes, les partisans, les profiteurs, les malveillants et les ignorants. 1001 nuances de compréhension de ce qui se passe et de ce que les manifestants font et défont. 1001 nuances de positions politiques, sociales, économiques, idéologiques, et religieuses.

L’Egypte n’a jamais été d’une seule couleur, ni limitée à deux positions. À côté d’Al Azhar, plusieurs autres ecoles de pensée y circulent. L’église copte élit son Pape parmi les Égyptiens, et toutes les autres églises chrétiennes y ont élu domicile et trouvé refuge alors que d’autres pays comme le Liban, la Syrie et la Grèce souffraient. Les meilleurs lecteurs du Coran, les meilleurs auteurs, poètes, romanciers et les meilleurs artistes en sont originaires. Quel autre pays du Moyen-Orient a eu autant de prix Nobel,  et la reine de la danse orientale a toujours été l’Égypte.
Alors, de grâce, en analysant le présent égyptien, ne le réduisons pas à deux camps ennemis. Ne parlons pas de guerre civile et de divisions en pour et contre. La situation est plus complexe que cela.